Question d’une jeune socialiste
Bonsoir Madame la ministre (…) J’aimerais revenir en fait sur les contrôles d’identité. On sait que nombreux jeunes, en fait, se font contrôler plusieurs fois par jour, par semaine, par mois, pour seul motif en fait leur couleur de peau, leur lieu d’habitation, ou leur style vestimentaire. Aujourd’hui on n’a rien, en fait, pour pouvoir les évaluer, et ainsi y mettre un terme. Nous, en tant que Jeunes Socialistes, on avait lancé la campagne sur l’attestation de contrôle d’identité, on avait milité pour. Donc pour rappel, c’était vraiment… enfin, c’était pour remettre un récépissé à chaque contrôle, pour établir le motif, le lieu du contrôle, etc. Or, en fait, le ministre de l’Intérieur a fermé la porte en fait à l’ACI, enfin, à l’attestation de contrôle d’identité. D’où ma question aujourd’hui, c’est : à quand une réforme du code de la procédure pénale, pour en fait au moins encadrer ces contrôles d’identité, qui peuvent parfois être abusifs, et discriminatoires ?
Réponse de Christiane Taubira, garde des sceaux, ministre de la justice
C’est un sujet important. C’est un sujet difficile. Je dis, j’annonce la couleur très clairement, moi je suis favorable à ce dispositif. Il y a d’ailleurs des villes qui sont candidates pour l’expérimenter et je pense qu’il y a aussi un enjeu de confiance qui n’est pas négligeable, y compris pour les policiers. Y compris pour les policiers parce que le pire serait de laisser croire - et c’est peut-être une des difficultés de cette question - que ce serait prendre partie pour des jeunes qui subissent des contrôles abusifs contre des policiers qui abusent de leur tenue. Nous sommes dans une République et nous, nous travaillons au lien social, nous croyons à la police républicaine profondément et nous croyons la police indispensable et la police fait partie de ces fonctionnaires qui accomplissent un service public. Donc la démocratie, la République a besoin de sa police. Ce qu’il faut qu’on arrive à faire, c’est faire entendre que c’est l’intérêt de la République et dans l’intérêt de la démocratie, qu’il n’y ait plus de contestation du travail effectué par la police. Cela ne veut pas dire qu’il n’y aura jamais de contestation. Il peut y avoir des contestations de bonne foi, des contestations de mauvaise foi mais lorsque l’on constate effectivement que parce que, il y a des statistiques qui prouvent bien que -ce que vous disiez tout à l’heure- selon l’apparence, selon la tenue vestimentaire, selon le lieu aussi, il y a un risque parfois 5,7, 8 fois plus élevé d’être contrôlé que si on habite un autre quartier, si on a une autre apparence physique et vestimentaire. C’est un problème réel dans la société, dans une République intégratrice, dans une République de l’égalité, de la fraternité c’est un problème. Je pense qu’il faut le dissoudre, y compris pour les policiers parce qu’on s’est rendu compte, en tout cas dans les évaluations qui ont été faites dans les pays qui ont mis ce dispositif en place font apparaître que le temps de contrôle change c’est-à-dire qu’il y a une tension moindre lorsqu’il y a cela, lorsque le citoyen contrôlé sait que même si c’est la 5e fois qu’il est contrôlé dans la journée, que le policier n’est pas dans une position d’abus ou en tout cas s’il est dans une position d’abus que la République veille à ce que ce ne soit pas impuni. Donc dans l’intérêt des policiers … en plus, il faut se rendre compte d’une chose qui est intéressante, c’est que dans ces cas là, il y a une relation qui se fait alors qu’aujourd’hui dans les contrôles, il y a deux positions figées alors que dans les pays qui ont mis ce dispositif en place, il y a une parole, il y a un dialogue, il n’y a pas de temps mort ou la tension monte. Donc moi je pense que c’est mieux. Alors vous savez que c’est difficile. Et c’est difficile particulièrement à des moments ou par exemple, la police elle-même est confrontée à un moment très difficile. L’accident meurtrier qui a eu lieu récemment fait que les policiers ressentent, à bon droit sans doute, en tout cas lorsqu’ils paient de leurs vies, ils ont le sentiment que leur métier peut être ingrat, que l’on ne les protège pas. La loi les protège parce qu’il y a plus de 39 incriminations qui ont des circonstances aggravantes lorsqu’elles sont commises à l’encontre d’une personne dépositaire de l’autorité publique. Donc la loi les protège. Mais il y a la loi et il y a le sentiment. Ce que l’on doit bien regarder c’est qu’il y a des territoires, des portions de territoires qui ont été désertées par les forces publiques. On a enlevé les services publics : services publics éducatifs, culturels, les services publics sociaux. On a laissé vraiment se désertifier. On a isolé les gens, on les a abandonnés, y compris à la loi du plus fort et souvent on laisse les policiers se débrouiller avec le désordre installé dans ces quartiers là. C’est effectivement plus simple de contrôler y compris des mineurs qui ont des têtes peut-être pas très, bon… - c’est pas le moment ? Je crois qu’il y a une fumée blanche, bon… ( sourires) - Voilà donc, il y a tout cela. Donc c’est vraiment une responsabilité de la puissance publique. Moi je crois qu’il faut vraiment mettre un terme à cette situation qui est préjudiciable aux personnes contrôlées plus souvent qu’à leur tour, préjudiciable aux policiers qui eux-mêmes aussi sont sur la défensive et donc dans la tension et ressentent du danger. Cela n’exclut pas qu’il y en n’ait qui ait des préjugés. Ca n’exclut pas cela du tout. Mais la responsabilité de la puissance publique, c’est de mettre un terme à une ambiance, des inégalités, des injustices, des exclusions qui font que les citoyens et les fonctionnaires se retrouvent face à face, on ne veut pas d’une société comme ça, on ne veut pas bon mais le moment est difficile pour faire admettre cela, j’en conviens.
L’animateur du débat
Eh bien, nous on continuera à mobiliser, et fortement, sur la question…