1. Ce 4 mai 2012 

    Je vais vous dire pourquoi je vote François Hollande les 5 et 6 mai. Du calme. Je ne voterai pas deux fois. Simplement pour les électeurs qui ont le privilège de résider près de l’Equateur, ceux d’Amérique du sud comme moi en Guyane, ceux de la Caraïbe en Martinique et Guadeloupe, ceux d’Amérique du nord, à Saint-Pierre et Miquelon, c’est dès samedi que nous allons changer de destin.  Outremer, quand on aime, on aime, et depuis le 22 avril c’est à coups de 42 et 57% qu’on le dit. Donc, je voterai samedi 5 mai avec mon bulletin, et dimanche 6 mai je voterai avec mon cœur, en macérant dans un profond espoir mâtiné d’angoisse. Je suis d’Amazonie. La nuit, et peut-être le jour, la forêt est peuplée de maskililis, des êtres étranges ayant les pieds à l’envers, dont la distraction première consiste à tromper le voyageur égaré et à l’entraîner vers le fond de la forêt si ce dernier est assez étourdi pour se fier à la direction de leurs pas. Je me dis quand même, après une campagne pareille, il ne reste guère d’étourdis…. Je me le dis, mais un vieux fond de superstition me souffle qu’il faut continuer, jusqu’à la lisière, à l’heure tangente entre vendredi s’éclipsant et samedi s’amorçant, continuer à convaincre, alerter, mobiliser.

    Certes, il a manqué par ci par là, une phrase, sur un sujet ou sur un autre. Ceux qui vivent dans les banlieues auraient aimé réentendre tout ce qu’il leur a dit avec respect aux Ulis, à Aulnay-sous-bois, à Vaulx-en-Velin et ailleurs. Ceux qui font tenir la ruralité auraient savouré de le revoir les écoutant, comprenant le rôle qu’ils jouent dans l’aménagement du territoire, refusant que les services publics désertent, là comme dans les banlieues. Ceux qui ressentent l’urgence de la transition écologique auraient voulu un engagement plus affirmé pour les énergies renouvelables, une position moins tranchée sur le nucléaire. Ceux qui refusent la fatalité des délocalisations auraient aimé un plaidoyer plus enflammé pour la réindustrialisation. Ceux qui savent que la gauche pratique le dialogue et œuvre au progrès social auraient aimé une présentation solennelle de la Conférence sociale prévue en juillet. Ceux qui savent combien la culture recèle de puissance pour éclaircir l’horizon, dégager le cap, accompagner le passage vers un autre temps auraient goûté un plaidoyer pour la créativité et les expressions artistiques. Ceux qui savent le poids géopolitique des Outremers auraient aimé un panorama de leurs potentialités. Nous sommes tous si impatients de sortir du marasme économique, des querelles sociétales, de l’insécurité sociale et publique, des fractures territoriales, des négligences multiples ; si conscients de l’urgence de remettre du liant et de recoudre le lien social, de revigorer le contrat laïc ; que nous aurions voulu qu’il rééditât, en une émission de 170 minutes, d’abord la campagne assidue et prolixe qu’il mène depuis deux ans, puis qu’il entamât une deuxième campagne avec les aspirations de chacun d’entre nous, à hauteur de chacun de nos rêves.

    Mais alors, il n’aurait pas eu le temps de défaire les contrefaçons nombreuses propagées par l’adversaire, ni de répondre du tac au tac aux approximations et aux accusations, ni de démontrer la cohérence de son projet. C’eût été un monologue et nous aurions été privés de ce duel époustouflant : le calme digne et présidentiel face à l’énergie du désespoir.

    Si malgré mes airs très rationnels je n’étais fébrilement et juste pour deux jours encore maladivement superstitieuse, je dirais “Ciao” à celui qui, cinq ans durant, se prit pour un surhomme. Et bienvenue à l’homme sûr.      


    Christiane Taubira, le 4 mai 2012

     
  2. Meeting de Nice

    Un grand meeting de soutien à François HOLLANDE est organisé par la section du parti socialiste des Alpes-Maritimes, toute la soirée,  jeudi 3 mai au Palais de la Méditerranée à Nice.

    Ce rendez vous public intervient 3 jours avant de passer aux urnes, c’est un moment majeur de notre mobilisation, la salle du Palais de la Méditerranée pouvant accueillir plus de 1000 personnes.

    Au lendemain du débat d’entre-deux-tours, à trois jours du vote, interrogée par France 3 Côte d’Azur j’exprime ma détermination à combattre le candidat UMP.

    Aux côtés de Patrick Allemand, Premier Secrétaire de la Fédération du Parti socialiste dans lesd Alpes Maritimes, j’interviens à ce meeting en qualité de représentante particulière du candidat François HOLLANDE et membre de son Conseil politique et de son Comité stratégique, afin de tous vous rassembler autour  du candidat socialiste le 06 mai prochain.

    Le conseiller général PRG des Alpes Maritimes, Patrick Mottard, évoque dans son blog le bonheur que nous partageons pour cet ultime rendez-vous de campagne , ainsi qu’il le formule avec élégance, dans son pays,  “terre de mission, loin des médias nationaux”.

    La fédération PRG des Alpes-Maritimes ne cache rien non plus de nos enthousiasmes dans la dernière ligne droite de cette campagne fraternelle pour une République exemplaire…

    Les temps forts du meeting sont aussi relatés par nicematin.com :  un compte rendu dense auquel j’apporte cette nuance importante : l’expression ‘y en a marre’ n’est pas de mon champ lexical…mon propos exact a été : ” Que vaut la démocratie lorsqu’une clique, une caste, une bande fait main basse sur l’appareil d’Etat ? “…et reprenant une phrase de François Hollande au Bourget j’ai ajouté “il aime les gens quand d’autres sont fascinés par l’argent”….

    Christiane Taubira

     

     

     
  3. Les méduses et le colibri

    Cheick Modibo Diarra est astrophysicien, navigateur interplanétaire, concepteur de Pathfinder et responsable pour la Nasa du programme de recherche d’eau sur la planète Mars. Accessoirement, premier ministre du Mali, pays où il est né à Nioro du Sahel dans la région des Kayes. Son parcours ? Le savoir. Marche après marche, lieu après lieu. Sa chance ? L’éducation. J’en ai rencontré, garçonnets et fillettes, adolescents enjoués et jeunes filles délurées, qui lui ressemblent, pas seulement physiquement, ils sont de toutes carnations, du blanc laiteux au noir de jais, du beige mat au jaune tendre, du marron pastel au rose fondant, les yeux vifs, le sourire hardi de ceuxChei qui n’ont aucunement peur du monde. Ils lui ressemblent parce qu’ils sont en florescence de toutes les destinées, celles qui s’inventent. Et c’est en France. Dans les quartiers mais aussi dans le cœur des villes. Dans les transports et dans les écoles. Pas toutes, j’en conviens. Mais il y a toujours ici ou là, un prof téméraire qui sort les élèves de leur établissement, les emmène au cinéma ou ailleurs, à la rencontre de la complexité et de la diversité d’autres univers sociaux et culturels. C’est aussi dans les Outremers.

    Un conte, pas une légende, un conte raconte qu’un vieil homme n’ayant plus toute sa vigueur, longeant une plage, découvre un tapis frémissant de milliers de méduses. Il ne pourra les remettre toutes à la mer. Il commence pourtant. L’une après l’autre. Et à chacun de ses gestes, quelle différence pour celle qu’il aura juste poussée un peu à ce moment précis où elle en a besoin ! Il le fait avec l’attention et l’exigence d’un éducateur.

    C’est la France. Dans ces endroits où l’on ne cherche pas chimériquement d’inexistants pays d’origine, car chaque jour opère, sans tapage, l’alchimie entre ses cultures millénaires, ses cultures centenaires et les cultures du monde qu’elle a ramenées de toutes ses aventures. Et s’inventent des solutions citoyennes aux abandons publics, et se fabrique une convivialité de palier, de marchés, de tournois, de concours et de fêtes.                                                                                                

    Ces habitants répondent mieux que tout expert ou commentateur à la question essentielle, fût-elle informulée : quel monde partageons-nous ? Idéalisme ? Pas du tout. Il faut les entendre, sur le pas de leur porte, raconter avec fierté les succès scolaires de leurs enfants, baisser le ton pour parler de la vie chère, retrouver de la fébrilité pour dire leur confiance en leurs capacités et leurs espoirs si venaient à cesser l’insulte permanente, la stigmatisation opportuniste, la démolition des services publics, la désertion économique, la capitulation politique. Ils savent pouvoir compter sur eux-mêmes, juste que cessent l’injure et l’injustice. Dans ces lieux la France fait résilience, elle refait surface, elle crée elle innove, elle façonne l’avenir car il est un enjeu de survie. Comme dans les territoires ruraux.

    La tentation de l’abstention est parfois forte. Il m’a semblé que ceux qui croient la chance venue vont, de leur propre initiative en convaincre d’autres. Combien m’ont dit : « nous avons 6 voix dans la famille », ou « avec mes oncles et mes cousins, nous sommes onze ». L’aventure n’est pas individuelle. Pas de place pour le sauve-qui-peut, chacun sachant qu’il doit faire sa part. Comme le colibri qui, pour éteindre l’incendie, transporte patiemment une puis une goutte d’eau dans son bec minuscule. Il fait sa part car elle s’additionne à celle des autres.  

    Voilà ce que révèle aussi cette campagne. Voilà pourquoi la France s’en sortira. Les Outremers ont donné le signal dès le 22 avril. Ce coup-ci, ce sera parti de là !


    Christiane Taubira, 3 mai 2012

     
  4. Stature présidentielle ? ( 3 )

    « Je suis de ceux qui disent non à l’ombre » Aimé Césaire.

    Une campagne de deuxième tour est propice au manichéisme. Deux candidats s’affrontent. Le paysage politique devient binaire. Un duel. A coups de joutes et d’ironies. On goûte volontiers l’esprit caustique, d’un côté ou de l’autre. Nous n’avons tel plaisir que d’un côté, cette fois-ci. De l’autre, la glissade s’est poursuivie jusqu’au 3ème sous-sol du caniveau. Un député, déshonorant la belle fonction parlementaire, lâché dans un meeting comme dans un combat de boue, tient des propos crapoteux, plus humiliants pour lui que pour ses cibles. C’est que le ton est donné en haut lieu. Pas de limites. Les fantassins comprennent : pas de quartier ! C’est un fait que la tenue du candidat fait la tenue de la campagne.

    Nous connaissons ce risque du manichéisme. Nous qui aimons la belle politique, la majuscule, celle qui se soucie de tous et de chacun, allie le vivre ensemble français et le buen vivir sud-américain, nous nous fixons quelques règles. D’abord, l’une qui me vient de mon éducation : traiter l’adversaire avec respect et l’ennemi sans haine. Une autre, par éthique : demeurer résolument sur le champ politique. Jamais la moindre incursion dans le champ privé ou personnel. Et puis, avouons, nous savourons ces rendez-vous démocratiques. Alors nous mettons un soin particulier à nos atours. Ces ressorts qui, chaque jour, nous donnent envie de faire notre part, nous prenons le temps de les présenter, de dire le sens de ce moment de notre vie que nous consacrons aux autres, parce que chacun est précieux et pour que chacun puisse prendre soin d’autres. Bien vivre ensemble. Je connais des députés de la droite républicaine qui agissent et raisonnent ainsi. Je pense à Etienne Pinte. Et à quelques autres.

    C’est notre souci. Et nous en connaissons les conditions : une société qui retrouve confiance et paix, afin de mobiliser ses énergies et ses intelligences. Aucune chance avec celui qui « veut faire de la France une nouvelle frontière future de la civilisation du 21ème siècle ». Car telle est la dernière ambition du candidat de l’UMP. Cette hantise de la frontière et de la civilisation devient monomaniaque. Régis Debray fait l’éloge des frontières comme remparts permettant des contre-pouvoirs ; le contraire de l’écrasement de tous les pouvoirs. La frontière est aussi le lieu physique où l’on sait que commence la rencontre avec l’autre. Aucune chasse aux voix ne peut rendre ordinaire et inoffensive cette charge contre les engagements européens de la France, ni anodine cette déclaration d’hostilité au reste du monde. Des propos ministériels et présidentiels ont, tout le quinquennat durant, donné le la en fustigeant l’autre, le différent. A posteriori, ils renseignent sur cette ambition dernière.

    Aucun étranger ne pourra jamais faire plus de mal à la France. Car aucun ne pourra ainsi brouiller l’idée même de ce qu’est ce pays, par son histoire, ses cultures et ses luttes, l’idée de ce qu’il est dans la tête de ses habitants et de la place qu’il occupe dans l’imaginaire universel, comme référence, comme recours, comme preuve d’un autre destin possible, espoir vibrant qui tient chaud aux opprimés qui, chez eux, bravent des pouvoirs autoritaires.  

    « Où que nous regardions

    L’ombre gagne

    L’un après l’autre les foyers s’éteignent

    Le cercle d’ombre se resserre

    Mais je suis de ceux qui disent non à l’ombre

    Ah tout l’espoir n’est pas de trop pour regarder le siècle en face »

    Christiane Taubira, 2 mai 2012