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  2. Entretien “Fanm Dobout”, 8 mars 2012, Saint Paul de la Réunion

    Entretien réalisé à la demande de Leila Négrau, chanteuse, percussionniste, auteure, compositeure réunionnaise (leilanegrau.com),  directrice artisitique du projet FANM DOBOUT organisé pour la ville de Saint Paul à l’occasion de la journée de la femme, le 8 mars 2012.

    Le féminisme a-t-il une couleur spécifique lorsqu’on est une femme de
    « couleur » engagée en politique et dans le féminisme ?

    Je m’interdis d’appartenir à une catégorie ‘femme de couleur’. D’abord parce que je ne me laisse pas définir par d’autres. Il n’y a pas une norme, une référence, le blanc, par exemple, et le reste, la couleur. Ensuite parce que cela contribuerait à enfermer les petites filles, mais les petits garçons aussi, dans des compartiments limitant leur horizon, leurs possibilités, leurs ambitions, leurs audaces. Je raisonne comme Frantz Fanon : ‘Il y a ma vie prise au lasso de l’existence. Il y a ma liberté qui me renvoie à moi-même’.  

    Le mot “féminisme” est-il encore d’actualité ? Le restera-t-il encore
    longtemps ? Le sexisme est-il la seule résistance au féminisme ?

    Pour moi, le féminisme est un humanisme. Je veux dire qu’il se charge de tout l’héritage des luttes pour les libertés et pour l’égalité, et qu’il pose clairement le rejet de discriminations fondées sur le genre. Nous portons de plus, nous des Outremers et des pays du sud en général, la mémoire de l’exclusion et de l’oppression. Et je pense comme Louis Delgrès que ‘La résistance à l’oppression est un droit naturel’. Le sexisme est une vision essentialiste qui croit que la destinée d’une personne est déterminée par son genre. Ce n’est pas une résistance au féminisme, c’est juste une imbécillité.


    Quels ont été vos guides vers le féminisme ? Quelles sont les femmes
    qui vous ont inspirée, lesquelles vous font encore croire à ce combat ?

    Je parlerais davantage de guides vers ma conscience de femme que vers le féminisme. La plus grande et la plus belle figure fut ma Maman par son courage et son art de détourner la pauvreté. Après, le féminisme est un choix de lutte, où l’on dépasse le souci de son propre sort.

    La lutte pour les droits des femmes doit-elle changer de formes ?
    Quelles sont les actions qui restent à mener ? La parité et l’égalité
    sont elles vraiment accessibles dans ce monde ? Avec l’évolution de la
    société, y a-t-il de nouveaux droits à conquérir ?

    La question de l’égalité est majeure. La parité est plus facile à atteindre, elle se traduit par un plus une. L’égalité, c’est une égale un. Elle ramène chacun d’entre nous à la fois à sa singularité et à son intégrité. Le défi de l’égalité c’est l’altérité, qui conduit à accepter l’autre différent comme étant à la fois soi et un autre.