1. Stature internationale ?

    Ils ont fait semblant d’y croire et propagé que chacun verrait la différence entre lui, l’homme d’Etat ami de chefs d’Etat, et le champion des primaires citoyennes qui n’a jamais fréquenté personne du G20. Il y eut des éditorialistes pour faire écho au boniment. C’était risqué ! Car nous avons de la mémoire. Et ne sommes pas près d’oublier combien il a tergiversé. En snobant monsieur Poutine au temps de la Tchétchénie pour lui faire révérence dès décembre 2007. En disculpant monsieur Kadhafi avant de le bombarder. En honorant monsieur Bachar-El-Assad au 14 juillet avant de le découvrir féroce. En faisant balancer son cœur entre monsieur Hu Jin Tao et le dalaï-lama, entre flamme olympique et contrats commerciaux.

    Nous savons qu’il s’est beaucoup agité. En Géorgie, à l’été 2008, proclamant qu’il y avait ramené la paix, il a entériné au nom de l’Union européenne les revendications russes. Deux ans plus tard, il vendait quatre navires de guerre Mistral à la Russie. Il a certes réformé la pratique diplomatique. En démontrant que le domaine réservé était non seulement à l’Elysée, mieux encore, aux mains du couple présidentiel, lorsque, évinçant la commissaire européenne aux relations extérieures, madame Ferrero Waldner pourtant très active, il a chargé son épouse d’escorter les infirmières bulgares et le médecin palestinien. Il avait déjà cassé les codes en se précipitant chez Georges W. Bush dès novembre 2007 pour transformer le partenariat franco-américain en serment d’allégeance, confirmant son écart protocolaire de 2003 sur la guerre en Irak. Il oscille et tangue en Afghanistan et il a réintégré l’OTAN pour un siège de Général.

    Nous savons combien il s’est fourvoyé. En martelant que l’homme africain n’est pas assez rentré dans l’Histoire, il n’a pas vu que sur les dix pays à plus forte croissance, six sont africains. Aveugle au poids géopolitique de la Turquie et à ses influences régionales, il a cru bon de céder à ses obsessions sur l’islam et rompre avec l’esprit du processus européen de discussion sur les réformes démocratiques et la reconnaissance du génocide arménien.  

    Pour complaire à un électorat qui n’en demande pas tant, il couvre une circulaire idiote et mesquine contre les étudiants étrangers, laisse précariser les médecins étrangers qui tiennent ouverts urgences et autres services hospitaliers, restreint les visas, embarrasse les ambassades et multiplie des déclarations hostiles au reste du monde. Imprévoyance ! Aucune considération pour l’image et la place de la France dans le monde, aucun souci des alliances dont elle peut avoir besoin dans les institutions multilatérales. Comme s’il lui suffisait d’obtenir des nominations, et que lui importait peu le déclin d’audience sur d’autres terrains.

    Nous savons combien il a échoué. Au G20 de Londres en 2009 il a annoncé la fin des paradis fiscaux. Trois ans plus tard, il vient de renouveler l’annonce.  Il n’a pas compris les printemps arabes ; il est vrai qu’il avait peu avant attribué des satisfécits humanistes et démocratiques aux raïs. Malgré les Outremers français, il n’a vu s’épanouir ni l’Amérique du sud, ni l’Afrique australe. Comment a-t-il réfléchi au monde ? L’a-t-il seulement perçu multipolaire ? A-t-il identifié les dynamiques régionales, les convergences d’intérêts, les mutations culturelles ? Et que nous en a-t-il dit ? Il lui a tant échappé, tout occupé qu’il était à équiper le monde, en armes conventionnelles et en technologie nucléaire. Tout en prônant la Paix. Si vis pacem, para bellum? Erreurs et reniements feraient donc une envergure ?

    La stature internationale du candidat président sortant ? Une fable ! Créditons-le d’avoir cessé à Villepinte de la jouer. Depuis, il promet de disloquer l’Europe à grandes sabrées.


    ( Tribune publiée dans MEDIAPART et DOMHEBDO )

     
  2. Communautarisme ?



    Il a annoncé un préfet musulman. Puis un préfet noir. Il s’est réjoui de
    l’arrivée d’un journaliste noir sur une chaîne privée. Récemment, il a
    décrit un soldat d’apparence musulmane. Entre-temps, il avait nommé un
    conseiller chargé des relations avec les ‘communautés’ juive, musulmane,
    chinoise, et d’autres. Chanoine-président, il s’est prosterné devant le
    pape et a disqualifié l’instituteur au profit du prêtre et du pasteur.
    Il s’est incliné devant d’étranges mœurs en s’exprimant publiquement
    dans une salle où les hommes et les femmes étaient assis séparément. Il
    a fait mieux ces jours derniers, des bus de femmes suivant des bus
    d’hommes pour l’applaudir à Villepinte. Il y a peu, il ne comprenait pas
    pourquoi Rachida Dati (par compétence ethnique ?) ne disait rien sur la
    Libye. Il avait déjà pêle-mêle dénoncé les Noirs et les Arabes des halls
    d’immeubles, traqué les gens du voyage puis fustigé les Roms, pourchassé
    les mariages gris, menacé de déchéance de nationalité l’armée des
    criminels potentiels, flairé des délinquants dès la maternelle, approuvé
    l’empoignade sur l’identité nationale, béni les bisbilles sur l’islam,
    inventé le secret partagé, misé sur l’ADN. Il a gâché une belle
    transposition en droit interne de directive européenne en la
    rétrécissant, croyant flatter les Arméniens. Après avoir étreint l’UOIF,
    il veut désormais l’éteindre. Versatile ? Pas plus que pour la
    discrimination positive vénérée puis enterrée sans cérémonie. Ni le tour
    de passe-passe sur la double peine. Ni la virevolte sur le droit de vote
    des étrangers. Ni même l’environnement qui commence à bien faire.
    Infatigable, il s’affairait et se chargeait dans le même temps de caser
    amis et affidés dans des conseils d’administration, à la présidence
    d’entreprises publiques ou dans des ambassades. Du clan aux communautés.
    Question de morale publique, de sens du bien commun, de rapport à la
    chose publique. Car ce qu’il y a de commun dans ces choix et ces actes,
    c’est la cohérence, la constance. Plier l’appareil d’Etat pour le mettre
    au service d’une coterie. Obliger son clan. Et projeter sur la société
    le même regard tribal. Voir partout des croyances, des couleurs, des
    malfaiteurs, nulle part des citoyens. Comment, dès lors, du sommet de
    l’Etat, signifier qu’être démocrate, ce n’est sûrement pas céder si
    aisément, si fréquemment, à cette tentation de restreindre les libertés
    individuelles, racornir les libertés publiques, esquinter le contrat
    social ? A chaque fait divers, à chaque effervescence, à chaque
    provocation. Comment, dès lors, du sommet de l’Etat, signifier qu’être
    républicain, c’est garder constamment à l’esprit que la République
    laïque proclame qu’il ne peut être fait aucune différence entre les
    citoyens. Que néanmoins, les différences réelles ne sauraient servir de
    prétexte aux discriminations. Que les individus, dont l’identité peut se
    décliner en multiples appartenances, n’en sont pas moins égaux, que la
    citoyenneté politique transcende les citoyennetés culturelles et
    sociales, car c’est par elle que nous faisons société.

    Communautariste. Telle est pourtant l’accusation suprême qu’il profère à
    tort et à travers. Inviter les étrangers aux rendez-vous démocratiques ?
    Communautarisme. Constater la déshérence dans les banlieues depuis la
    désertion des services publics ? Communautarisme. S’offusquer des
    conditions carcérales ? Traiter les Roms en européens ? Protester contre
    l’humiliation d’étudiants et s’inquiéter de nos relations avec le monde
     ? Communautarisme. Percevoir le patrimoine commun dans les cultures
    régionales ? Communautarisme. La vindicte plutôt que le débat.

    Ainsi, le silence peut recouvrir les inquiétudes sur le vieillissement
    démographique, les angoisses identitaires, les affolements sur
    l’économie qui se dérobe, les craintes sur le système social, les
    politiques dévastatrices.

    Le silence ? Jamais très longtemps. Il explose vite en vociférations
    haineuses.