1. Christiane Taubira

    Vous avez été candidate à l’Elysée. Quel est le meilleur souvenir que
    vous en gardez ? Le pire ?

    Début février, j’étais dans le petit village de Champagney, un froid de Jura. Et le maire m’a offert un magnifique bouquet d’anniversaire.

    Le pire, ce fut dans les quartiers nord de Marseille. Un immeuble avec des enfants et des rats. J’étais secouée de sanglots…ce sont les femmes qui me consolaient.

    Qu’est-ce-que cela vous a appris de la France ?

    J’avais déjà assez bougé en France pour savoir que ce pays recèle une époustouflante variété de paysages. J’avais participé à de multiples débats, je connaissais la passion des hommes et des femmes, de toutes catégories sociales, pour la discussion, les échanges. Cette campagne m’a offert en plus des rencontres inédites. Plus de proximité, la dure réalité de certains métiers, mineurs, ouvriers, ouvrières, le désarroi face aux plans sociaux, l’angoisse, déjà, de lendemains incertains, la déshérence dans des quartiers désertés par les pouvoirs publics. Et en même temps, un sens de la convivialité qui s’obstine, une capacité à faire vivre ensemble des cultures différentes,  une intelligence de l’essentiel…. Ce peuple est invincible!

    Qu’est-ce-que cela vous a appris de vous ?

    Que je suis immortelle!!! J’ai cru mourir cent fois. Dans mon corps, dans ma tête, désorientée d’abord par la violence de ces milieux politiques et médiatiques qui ne supportent pas l’intrusion de personnes comme moi. Et en marchant, je découvrais ces gens, exclus en périphérie, privilégiés en centre ville qui, par leur générosité, leur curiosité à l’autre, me furent une source inépuisable de force et de courage.

    Cela a-t-il changé votre vie ?

    Oui, mon capital santé! Depuis, je suis un traitement contre l’hypertension, alors que j’étais plutôt sujette à l’hypotension avant 2002. Je traîne également des problèmes d’oreille interne, avec par moments, de violents vertiges. J’arrête là sinon on me croira totalement percluse.

    ( Entretien effectué pour Paris-Match - jamais publié- , en ligne aussi sur MEDIAPART )